Simple discussion : La transplantation

Forum associé : Dentisterie Vétérinaire

Sade._qa4wq6

Sade

12/04/2008 à 13:39

.. J'ai lu avec grand intérêt un Sujet ouvert en Paro sur Eugénol. Superbe !

L'envie est bien trop tentante, alors, je mets, ici, en Véto, ce formidable cas clinique réalisé. Belle réussite !

Je ne sais absolument pas si cet acte fort rare pratiqué chez " l'humain " est réalisable ou transposable chez l'animal.
Est-ce seulement envisageable ? Quelles seraient les indications ?

Suite à l'aimable autorisation du praticien qui a offert son expérience sur le Forum : voici l'intervention en photo ainsi qu'un extrait d'info

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noahaxeltiger-olivier notait ....

""" L'autotransplantation de dent est un acte qui se prépare et se réfléchit : la longueur des racines de la dent transplantée doit correspondre au mieux à la profondeur de l'alvéole recevante, le diamètre mesiodistal de la dent transplantée doit matché avec la largeur de l'alveole, les racines de la dent transplantée ne doivent
pas être apicalement fermées, ...

Les principes de la régénération parodontale reposent sur les bases de l'histologie et d'embryologie (on regrette maintenant les cours d'histo-embryo de 2° année ;) ) ; et c'est d'ailleurs pour cela que je trouve ce cas très pédagogique et instructif : le plus important est de CONSERVER LE LIGAMENT DESMODONTAL DE LA 48, car c'est là que réside le secret de cette régénération parodontale (cellules souches,...).
Il est dons très important de ne pas léser la surface radiculaire de la 48 lors de l'extraction, d'avoir parfaitement préparer le site receveur, de loger la 48 sans pression (voilà pourquoi je n'ai as voulu enfouir plus la dent), de suturer suffisamment la dent pour éviter tout mouvement. """

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? Possible que les vétérinaires axés en dentisterie soient interpelés par cette technique. En tout cas, chapeau bas, respect à noahaxeltiger-olivier pour son sens aigu du partage ...

Jolie phrase, je la colle :

" Ce forum est fait pour ça : partager ses connaissances, confronter ses idées et les remettre en question. Quoi de plus constructif ? "

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Loup_r7woqw

crac

12/04/2008 à 20:52

noahaxeltiger notait ....

, ...

Les principes de la régénération parodontale reposent sur les bases de l'histologie et d'embryologie (on regrette maintenant les cours d'histo-embryo de 2° année ;) ) ; et c'est d'ailleurs pour cela que je trouve ce cas très pédagogique et instructif : le plus important est de CONSERVER LE LIGAMENT DESMODONTAL DE LA 48, car c'est là que réside le secret de cette régénération parodontale

Lorsque Noahaxeltiger parle de cellules souches est ce qu'il entends par la les "débris de Malassez"?

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noahaxeltiger

12/04/2008 à 23:45

Merci Sade de tes messages. La dentisterie vétérinaire est vraiment un domaine que je ne connais pas et je suis vraiment impressionné par la qualité des travaux et actes que vous réaliser. Chapeau. Ce forum est très intéressant.
Pour répondre à ta question crac, lorsque je parler de cellules souches je parle bien des « stem cells » et non des restes épithéliaux de Malassez, même si eux aussi ont leur rôle à jouer dans la cémentogénèse.

Pour essayer de vous expliquer:

1- cellules souches

Le concept de la présence de cellules souches dans les tissus parodontaux date de plus de 20 ans et a été émis par Melcher. (qui a montré entre autre que cémentoblastes, osteoblastes et fibroblastes desmodontaux étaient issus de la même et unique population cellulaire mère : les cellules souches.)
La mise en évidence de la présence de cellules souches dans le ligament parodontal a été le sujet de nombreux articles et est plus que jamais un des sujet de front de la recherche parodontale . Ces cellules souches (souvent nommées PDLSC PerioDontalLigament StemCell) ont le potentiel de se différencier dans les différentes lignées cellulaires que l’on trouve habituellement dans le parodonte (mais aussi en adipocytes pour le petit clin d’œil, expliquant pourquoi la recherche actuelle en terme de régénération parodontale et osseuse se tourne vers les tissus adipeux !!). Plusieurs chercheurs dont Seo en 2004, ont montré ces différentiations cellulaires in vivo. Les recherches d’Ivanovski (Ivanovski S “Stem cells in the periodontal ligament.” Oral Disease. 12: 358-363, 2006.) ont été réalisés sur la souris : mise en évidence de PDLSC dans le desmodonte de dents de sagesses extraites.

2- reste épithéliaux de Malassez

Embryologiquement, cément, os alvéolaire et desmodonte sont produits par les cellules dérivées de la couche interne du follicule dentaire. Le développement radiculaire est en partie dû aux cellules épithéliales de la gaine de Hertwig, une double couche épithéliale odontogénique, qui induit la différenciation des cellules de la papille dentaire en odontoblastes. Après la formation de la dentine, la gaine de Hertwig se désagrège coronairement ce qui permet aux cellules de la couche externe du follicule dentaire de rentrer en contact avec la surface radiculaire dentinaire. Cette dégradation est pense-t-on dû à une mort cellulaire programmée (on parle d’apoptose). Les cellules mésenchymateuses ce différencient en cémentoblastes qui vont former les différent types de cément. Peu de temps après, les cémentablastes se détachent de la surface cémentaire néoformée et forment une partie de la population fibroblastique du ligament parodontal.
Le désagrégement de la gaine épithéliale de Hertwig n’est pas complète et il persiste à la surface radiculaire des restes appelés restes épithéliaux de Malassez. Ces restes conservent le potentiel cémentogénique et donc un potentiel non pas de réparation mais de régénération parodontale. Ceux sont ces restes épithéliaux de Malassez qui sont la cible de l’Emdogain ( amélogénines).

Pas simple ;-)

Bouddha_2_wmj1zk

HAIG

13/04/2008 à 19:31

Bonjour,
A la Fac il y avait un certain Garcia mais je ne suis pas sur de son prénom ( Alain mais SGDG )qui dans les années 80-90 a fait sa thèse de 3ème cycle sur les transplantations. Il en faisait régulièrement d'autant plus que c'était l'ère ante-implant. Je lui avait envoyé 2 ou 3 patients et les résultats étaient satisfaisant au moins a 10 ans , 2 dents transplantées étaient en place et je les avais utilisées comme pilier de bridge postérieur.

http://www.bibliodent.com/bibdent/index.php .
J'ai fait une recherche Garcia alain chir buccale et il me semble que les articles sont de lui.

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noahaxeltiger

13/04/2008 à 22:46

La transplantation dentaire nécessite certains prérequis qu'il est préférable d'appécier avant l'intervention :

1- la longueur des racines de la dent à transplanter ne doit pas exceder la profondeur du site receveur. Le but étant de ne pas comprimer le desmodonte de la dent transplantée dans l'alvéole, il est important de prévoir un aménagement alvéolaire si le cas s'impose. D'un autre côté le manque de contact entre la surface radiculaire et les tissus du site receveur entraine un défaut nutritionnel des cellules de la surface radiculaire et donc leur nécrose. Trouver le bon compromis !! Pas facile.

2- la diamètre mésio-distal de la dent transplantée doit correspondre au diamètre mésiodistal du site receveur. Ce diamètre peut bien sûr être rectifié par meulage sur la dent à transplantée si le cas s'impose

3- peut être le plus important, le desmodonte de la dent à transplanter doit être préserver intact lors de l'extraction. Il en découle que les dents dont l'anatomie peut compliquer l'avulsion, ne sont pas des bonnes candidates.

4- la dent transplantée doit être stable dans l'alvéole, d'ou l'importance du controle de l'occlusion et des sutures de stabilisation.

5- la fermeture ou non de l'apex de la dent à transplanter n'est pas un critère exclusif.
Dans le cas où on utilise une dent immature comme transplant elle est conservée vitale (il se produira une revascularisation du parenchyme pulpaire qui succède à l’ischémie provoquée par l’extraction et la poursuite du développement radiculaire. Selon le stade de maturité ou d’édification radiculaire, les résultats sont différents ; le pronostic est meilleur pour un transplant dont les racines sont formées à la moitié ou aux 2/3, ce qui laisse la possibilité de revascularisation, de poursuite du développement radiculaire et d’obtenir un ancrage osseux et une stabilité primaire satisfaisants. Les contrôles ultérieurs évalueront la mobilité, l’absence de signes de nécrose (dyschromie), d’infection (fistule) ou d’ankylose (percussion).)
Dans le cas où on utilise une dent mature comme transplant, aucune revascularisation pulpaire n’étant espérée, le traitement endodontique est systématique (Il est préférable, quand la situation clinique du transplant le permet (dent sur l’arcade ou légèrement enclavée), de réaliser le traitement endodontique en un temps opératoire, quelques jours avant la transplantation, afin d’éviter le phénomène de résorption radiculaire inflammatoire lié aux toxines libérées par l’inflammation de la pulpe en cours de nécrose. Si la dent est inaccessible, le traitement endodontique sera effectué 2 semaines après la transplantation. Les contrôles ultérieurs évalueront la mobilité, l’absence de signes d’infection (fistule) ou d’ankylose (percussion).)

Ma seule expérience en dentisterie vétérinaire date de quelques années (quand j'étais encore à la fac). Un prof d'endo devait mener un projet de recherche et m'avait demandé de rentrer en contact avec la fac de véto pour extraire des dents de boeufs (sur cadavres donc). J'ai le souvenir que ces dents étaient fortement ancrées, qu'elles étaient très difficile à luxer (comme si le ligt parodontal jouait le rôle d'un amortisseur)!! Est ce que je me trompe ? Dans de telle circonstances il me semble difficile de pouvoir extraire ces dents sans léser le desmodonte.
Est-il aussi difficile d'extraire une dent sur un chien ou un chat ?
Considerez vous que l'un de paramètres cités ci dessus représente un obstacle à la réalisation d'atotransplantation chez l'animal ?

P.S. : il existe plusieurs articles d'autotransplantation effectuée sur l'animal (liste non exaustive):
-Schwarz O, Andreasen JO. : Allo- and autotransplantation of mature teeth in monkeys: a sequential time-related histoquantitative study of periodontal and pulpal healing. Dent Traumatol. 2002; 18:246–261.
-Nethander G, Skoglind A, Kahnberg KE. Experimental autogenous tooth transplantation in the dog: a comparison between one- and two-stage surgical techniques. Acta Odontol Scand. 2003; 61:223–229.

Amicalement.
Olivier.

Loup_r7woqw

crac

14/04/2008 à 16:53

Pas simple : mais ces rappels sont clairs et passionants.
Je me permet une question : dans votre cas clinique présentant une réimplantation qu'est devenu le pédicule vasculonerveux de la dent de sagesse déplacéé et pourquoi n' a t-on pas obsevré une nécrose avasculaire de la dent réimplantée.
Est ce le fait que l'apex était encore ouvert ...?
Désolé de mon ignorence complète mais le sujet est trés intéressant.

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noahaxeltiger

14/04/2008 à 18:56

crac Ecrivait:
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dans votre cas
> clinique présentant une réimplantation qu'est
> devenu le pédicule vasculonerveux de la dent de
> sagesse déplacéé et pourquoi n' a t-on pas obsevré
> une nécrose avasculaire de la dent réimplantée.
> Est ce le fait que l'apex était encore ouvert
> ...?

Tout à fait crac. La dent utilisée comme transplant dans le cas que j'ai présenté était une dent immature, c'est à dire dont l'édification radiculaire n'était pas terminée. Certe le paquet vasculonerveux est sectionné mais il se produit dans la majeure partie du temps une revascularisation du parenchyme pulpaire (qui succède à l’ischémie provoquée par l’extraction) ainsi que la poursuite du développement radiculaire. Selon le stade de maturité ou d’édification radiculaire, les résultats sont différents ; le pronostic est meilleur pour un transplant dont les racines sont formées à la moitié ou aux 2/3. Il est certain que des contôles de suivi s'imposent : la mobilité, l’absence de signes de nécrose (dyschromie), d’infection (fistule) ou d’ankylose (percussion).
Si la dent est détectée lors des contrôles comme non vitale, un traitement canalaire s'impose.

J'avais moi aussi une question : considères tu que l'un des pré-requis à l'autotransplantation (pré-requis que j'ai énoncé plus haut) peut représenter un obstacle à la réalisation d'autotransplantation chez l'animal ?

Loup_r7woqw

crac

14/04/2008 à 20:51

Merci pour votre précision.
En réponse à votre question je ne peux parler que des quelques cas perso que j'ai tenté:
-deux cas de figure:
*les avulsions de canines maxillaires entre chiens aprés bagarre en général:il y a arrachement du plastron alvéolaire vestibulaire de la canine et le chien est présenté avec une canine "à l"horizontale"; dans ce cas la réduction est facile "ad integrum" et la contention est assurée pendant un mois avec une résine ortho.On suppose que le mouvement apical a été limité et on se contente d'un controle radio tous les 3 mois. Nos confrères Anglo Saxons pratiquent eux la dévitalisation un mois environ aprés la stabilisation pour éviter les Pb de nécrose pulpaire.
*dans d'autres cas ,par exemples des malpositions de canines immatures 7 mois) il m'est arrivé devant l'impossibilité d'une correction ortho de déplacer chirurgicalement la dent de sa position ectopique vers sa position définitive et cela en pratiquant une avulsion-luxation limitée (avec le minimum de déplacement apical et le maxi de déplacement coronaire ) le plus souvent une mésio ou une disto version de la canine sup.
Contention par des résines ortho en gouttière.
Je dois avouer que je n'ai pas toutes les radios de contrôle mais le % de succés: c a d pour nous vétos de dents toujours en place aprés déplacement à un an par ex est bon.

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Spriford

14/04/2008 à 21:03

noahaxeltiger Ecrivait:
le pronostic est meilleur pour un transplant dont les racines sont formées à la moitié ou aux 2/3.

Cela me rappelle ma fac à moi, il y a bien longtemps,(75-80) Feu le Docteur Deplagne (stomato et ODF) réalisait des transplantations de germes en cas d'agénésie. Je ne me souviens plus trop de ses résultats à long terme. C'était un passionné passionnant.

Question : Peut-on espérer les mêmes résultats si on réimplante dans une alvéole artificielle forée et dans une alvéole fraîchement déshabitée (comme cela a été le cas pour la 48 de naohaxeltiger ) ?

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noahaxeltiger

15/04/2008 à 14:36

Spriford Ecrivait:
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> Question : Peut-on espérer les mêmes résultats si
> on réimplante dans une alvéole artificielle forée
> et dans une alvéole fraîchement déshabitée (comme
> cela a été le cas pour la 48 de noahaxeltiger)
> ?

Cela n'a en fait pas de grande importance puisque la régénération des tissus de soutien de la dent transplantée provient des cellules souches desmodontales présentent sur la surface radiculaire du transplant. Ceci dit il y a plusieurs paramètres à respecter si tu veux/dois aménager/recréer une alvéole.

Pour essayer de faire simple :

1- si l'alvéole existe : les tissus de granulation doivent être minutieusement enlevés, l'éventuel septum interradiculaire est résequé à la fraise boule (mieux que la pince gauge qui entraine des angles vifs pouvant léser le desmodonte du transplant lors de son positionnement dans l'alvéole). Si la profondeur ou la largeur de l'alvéole n'est pas suffisante, les corticales externes ou l'os alvéolaire apical est recontouré afin de permettre une adaptation passive du transplant.

2- si l'alvéole n'existe pas : la position, la taille du site receveur ainsi que la direction de la transplantation doivent être correctement appréciées. Une fois les mesures et repères pris, la préparation alvéolaire se fait à l'aide soit d'une fraise trépan (dans le cas des prémolaires) soit d'une fraise boule (dans le cas des molaires). La préparation se fait à vitesse réduite (2000 tr/min) et sous irrigation.

3- si la largeur mesiodistale crestale n'est pas suffisante, et que ce problème ne peut être géré par meulage amélaire du transplant (maximum 2 mm), un traitement orthodontique doit être réalisé avant l'autotransplantation (d'où l'intérêt de bien planifier cet acte avant de se lancer dans la chirurgie)

4- si la largeur buccolinguale crestale n'est pas suffisante, une ostéotomie latérale (ostéotomie, technique du splitting crestal) ou bien une greffe osseuse d'apposition (prélèvement osseux autogène par Bone Scraper, utilisation de matériaux de synthèse type BioOss)peuvent être réalisées.

5- dans le cas de transplantation maxillaire et si la hauteur sous sinusale n'est pas suffisante, la technique de l'ostéotomie verticale ou bien l'abord sinusien par voie latérale (sinus lift) peut être pratiqué.

J'espère ne pas avoir trop compliqué les choses. ;-)

Amicalement
Olivier.

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Spriford

15/04/2008 à 15:51

Compliqué non! complété oui et merci.

Ma question était dûe à l'idée que je me faisais du ligament desmodontal: j'imaginais que s'il en restait dans l'alvéole cela pouvait faciliter son ré-attachement aux restes présents sur la racine.
En fait : non, l'alvéole artificielle est préparée comme pour un implant. n'est-ce pas?

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noahaxeltiger

15/04/2008 à 19:28

Spriford Ecrivait:
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> Compliqué non! complété oui et merci.
>
> Ma question était dûe à l'idée que je me faisais
> du ligament desmodontal: j'imaginais que s'il en
> restait dans l'alvéole cela pouvait faciliter son
> ré-attachement aux restes présents sur la racine.
>
> En fait : non, l'alvéole artificielle est préparée
> comme pour un implant. n'est-ce pas?

You're right !! Un implant naturel et gratuit en plus !! ;-)